De tous temps (voilà que je commence ma copie comme une terminale L rédigeant une introduction en philo), on a dit du cancre qu’il se trouvait près du radiateur. De tous temps, on a dit de ce même cancre qu’il se devait d’être avachi sur sa table, caché ou non derrière le manuel que le prof lui a prêté (c’est un cancre : il n’apporte pas son livre !), prenant le cours uniquement si on le lui demande de façon insistante, et encore, il s’engage à copier avec quelques giraffes* bien placées. Certes Marcel ne prend pas toujours son cours et s’affale volontiers sur son bureau et sur sa chaise, à tel point que je me demande souvent, alors que nous étudions le Horla, s’il n’est pas lui aussi constitué de l’élément liquide. Un jour il s’écoulera, et je ne m’en apercevrai même pas.
Donc, Marcel est affalé, et Marcel est un cancre. Vous connaissez les prémisses. Conclusion : Marcel se trouve prêt du radiateur. Ce qui expliquerait sa liquéfaction telle la motte de beurre au soleil. Hélas, la conclusion de notre syllogisme est fausse.
Dans ma classe, toujours la même, le syllogisme serait plutôt le suivant : Marcel est un cancre, Marcel est affalé, donc Marcel s’est endormi sous l’effet du froid tel le mammouth imprudent qui se serait aventuré dans la montagne glaciale par temps de blizzard. Qui sait, peut-être qu’un jour on retrouvera le corps momifié de Marcel dans la salle 312.
Car la salle 312 est frigorifique. Située au bout d’un circuit de chauffage qui passe par toutes les autres classes avant d’arriver dans la mienne, elle ne bénéficie que d’un fond d’eau tiède pour réchauffer les convecteurs (je parle des radiateurs, pas des élèves). A tel point que mes élèves gardent leur manteau pendant mes cours. C’est d’un pratique pour écrire : imaginez l’élève en doudoune, vous savez, ce matelas hideux censé tenir chaud, qui essaie de rédiger sa copie. Eh oui, c’est à peine s’il peut atteindre sa feuille. Pour ceux qui n’ont pas de manteau, si, si, en cette saison il y en a (faut les comprendre, c’est pas à la mode), ils frissonnent et s’endorment tout doucement alors que le professeur parle et explique ce fabuleux accord du participe avec le COD lorsque celui-ci précède l’auxiliaire avoir.
Voyons plus loin que cette question frigorifique bassement matértialiste : songeons aux générations futures, égoïstes que nous sommes. Dans cent ans, on retrouvera les momies des élèves et de la Prof dans la salle 312, et on se demandera alors à quoi une réunion humaine dans un si petit espace pouvait bien servir. Après moult hypothèses, un savant trouvera enfin la réponse : “Ce sont les vestiges d’une salle de classe !”
Incrédule, et un peu oublieux, on lui demandera : “Une salle de classe ? Qu’est-ce donc ?” Et notre savant répondra : “Vous savez, une salle de classe : ces lieux où l’on rassemblait des adolescents pour leur apprendre des choses à l’époque de l’Education Nationale. Oh bien sûr, vous n’avez pu connaître ça, et moi-même je ne l’ai pas expérimentée : elle a disparu vers les années 2010-2020″.
Morale de l’histoire : Pour que l’Education Nationale survive, participez à l’opération “Un radiateur pour Kyushi”. Merci d’avance.
*sur le sens de “giraffe”, voir le blog d’Aventurine et la citation de Prévert : “C’est ma faute, c’est ma très grande faute d’orthographe, voilà comment j’écris giraffe.”
novembre 16, 2007 at 12:40
Mdr, tu sais nous on a passé la matinée à expliquer à la directrice de mon ecole, (prix incroyable à imaginer), que NON ceci n’était pas le chauffage, mais la CLIM!! Que non, ceux du fond ne mourrait pas de chaud, ils dormaient car impossible de se concentrer. Et que non, en fait, ils ne devaient pas dormir, car se situant juste sous la soufflerie, ils étaient au bord du coma!
Finalement, elle s’est mise dessous (l’idée lui est venue après 4h de cours de strategie coeff 7) et avec une mimique impossible à refaire, a simplement sorti ces mots très profonds “tiens, vous aviez donc raison”
conclusion : Le privé mourra avant L’ E N
novembre 18, 2007 at 11:45
Rah, trois fois que j’écris ce commentaire.
Je ne comprendrai jamais pourquoi les salles de classe de mon lycée, pourtant bien réputé, bénéficient d’un chauffage correct qu’en mars-avril.
Grace à la magnifique grève des transports, tous les élèves viennent à pied, arrivant donc congelés pour la plupart. La quasi majorité des salles sont de véritables grottes, il y fait presque aussi froid que dehors (encore, s’il y faisait 13 degrés, comme dans une grotte digne de ce nom).
Mais cette fois-ci, en arrivant après une randonnée dans Paris, congelés par les -2 dégrés (oui!), nous ne sommes que surpris: il fait C.H.A.U.D.
Première réaction: se coller au radiateur.
Puis enfin, s’écrier qu’il fait quand même TRES CHAUD dans cette salle. On retire nos gilets, nos pulls, on attache nos cheveux… Rien à faire, c’est étouffant!
Fin du cours, nous sortons, je pars avec une amie. Elle fait un malaise, et pas un malaise gentillet, le malaise je tombe par terre et je me mets à tremble les yeux révulsés.
“Tu penses que c’est dû à quoi?”
“Sûrement la différence de température entre la salle et dehors, puis l’effet des deux heures de philosophie n’est pas à négliger”.
D’ailleurs, existe-t-il des profs de philosophie réveillés?
Parce que dans le cas présent, la motte de beurre au soleil, c’est bien la prof de philosophie!
novembre 18, 2007 at 2:41
Et je ne vous parle même pas des toilettes dans mon école. Ils sont à l’extérieur du bâtiment et non chauffés. C’est super pour les petits de trois ans qui font pipi dans leur pantalon pour ne pas aller se les geler dans les toilettes.
A part ça, tu fais la grêve ?
Bisous
novembre 18, 2007 at 6:31
Tiens tiens, je vois que beaucoup d’architectes se sont bien amusés…
A carnot ils sont dehors et il n’y a pas de porte, enfin, si, une devant les toilettes, qui s’arrête 40cm avant le bas et 50cm en haut, de sorte que lorsqu’on se lève (les fesses gelées) on voit qui attend son tour pour elle aussi finir collée à l’émail…
novembre 25, 2007 at 1:13
Chez nous aussi ils pourraient faire pousser des bananiers dans les couloir… d’ailleurs je les suspecte de faire croître de la vigne durant les vacances d’été… heureusement que le choc thermique s’opère lorsqu’on entre dans les classes climatisées (trop froid, ça va de soi… une conspiration de l’éducation?
J’irai bien en toucher un mot au gouvernement, mais voyez vous, nous n’en avons pas en ce moment (voui je suis belge)… cruelle destinée…