Aaaahhhh les mignons petits ! Comme ils sont gentils et bien élevés ! Théodule et Thrasybule (spécial clin d’oeil à Aventurine) s’illustrent particulièrement dans cet art difficile de la politesse et de la bienséance. Dès le début d’année, leur délicate alchimie me convainquit de la nécessité de les éloigner l’un de l’autre, tant le déroulement des leçons provoquait chez eux des élans d’enthousiasme et d’hilarité. Désormais, Théodule est à droite de la classe, au deuxième rang, tandis que Thrasybule occupe le fond gauche de la classe. Entre eux, vingt-cinq autres élèves.
Ils ne travaillent pas mieux, mais au moins, ils ne troublent pas Laprof par leurs ricanements incessants et ne dérangent plus autant leurs camarades.

Ce soir, en dernière heure pour eux comme pour moi, j’ai trouvé Thrasybule, Théodule et Laurène étrangement hilare alors que je venais d’écrire : “Quels sont les défauts d’Ysengrin dans cet extrait ?” au tableau. Je n’insistai pas et leur demandai simplement de se calmer et de copier la question.
A la fin de l’heure, ils mirent les chaises sur les tables, comme leurs camarades. Ils sortirent tandis que je rangeais mes affaires, nettoyais le tableau, remplissais le cahier de la classe. Enfin, j’enfilai mon manteau et m’apprêtai à quitter la salle quand, en passant près de la place de Thrasybule, je remarquai une pelure de clémentine… Déjà, je notai mentalement de faire un laïus sur ce sujet aux petiots demain, à la première heure. Je tourne la tête vers la table de Laurène. Que vois-je ? Une autre large partie de la clémentine, éclatée et à moitié vidée. Je dirige mes regards inquisiteurs vers la place de Théodule, et qu’y trouvé-je ? D’autres morceaux de clémentine, et même quelques quartiers disséminés ça et là.

Conclusion : en l’absence de preuves concernant les auteurs de ce lancer d’agrumes, la classe entière fera le ménage demain matin, avec la bénédiction de l’administration.