Chapitre un : Action
Ce matin, Laprof a crié. Son collègue d’histoire l’a entendue de la salle voisine. Elle a fait un laïus assez vif à ses vingt-sept loupiauds de cinquième. Les agents d’entretien ayant quand même nettoyé la salle, malgré les consignes laissées hier soir, les élèves ont échappé au TUG, mais pas à la sanction. Le sujet bête et méchant qu’ils doivent traiter est le suivant : “En quoi lancer une clémentine dans le fond de la salle pour s’amuser est-il honteux ?” Fait assez étonnant, les auteurs probables des faits n’ont pas bronché, alors qu’ils sont d’habitude les premiers à contester les décisions des enseignants.
Chapitre deux : Réaction
Les autres loupiauds non plus n’ont pas bronché. En revanche, ils sont venus me voir à la fin de l’heure pour dénoncer Thrasybule et Théodule : “M’dame, vous savez, pour la clémentine, c’est Théodule et Thrasybule. Ils ont fait la même chose en physique, quand Mme J. s’est tournée. Ils font ça sans arrêt.”
- Mais je me doute bien qu’il s’agissait de Thrasybule et Théodule, vu la trajectoire de la clémentine et l’endroit où je l’ai trouvée. Mais je ne peux pas les accuser seuls, puisque je ne les ai pas pris sur le fait. Par ailleurs, vous remarquerez que je ne suis pas complètement sadique : je ne vous ai pas donné d’autre travail que la punition pour lundi.
- Tiens, c’est vrai ça !
- Merci de le reconnaître.”
Chapitre trois : Deus ex administrationa
Discussion avec le principal, que j’avais déjà mis au courant, au retour du déjeuner (soit trois heures après la sanction). Nous évoquons la question du collègue que je remplace et qui n’a pas repris son poste, puis nous parlons des cinquièmes. Certains, mécontents de la sanction, sont allés signaler leur insatisfaction… au principal… sans savoir que j’avais sa bénédiction cependant… Nous avons donc discuté de nouveau des évènements agrumesques, puis de Thrasybule et Théodule. Retards systématiques, travail personnel absent, attitude contestataire, petites violences (bagarres, disputes, etc), abandon familial (pour le coup, on a un beau tableau de ce qu’est la “démission des parents” dont on nous rabat les oreilles), absence de suivi réel par un adulte quel qu’il soit. Pour finir, leurs enfantillages les mettent à l’écart de la classe, la plupart de leurs camarades ne pouvant plus supporter leur attitude… ou plus exactement, certaines de ses conséquences. C’est triste de voir ces gamins se détruire comme ça.
Dans le cas de Thrasybule, on espère qu’une commission éducative suffira à le calmer un peu. Pour la mise au travail, il ne faudra compter que sur un peu (beaucoup) d’affectif. Les lacunes étant nombreuses, on n’en attend pas de miracle cependant.
Pour Théodule, une commission éducative, une menace d’action en justice auprès des parents qui laissent cet enfant à l’abandon et, ce faisant, le mettent en danger, un dossier d’orientation en SEGPA, tant il rencontre de difficultés . C’est une idée du chef, avec laquelle je suis moyennement d’accord : cet enfant n’a pas de place en SEGPA ; néanmoins, aucune autre structure ne l’accueillerait, et celle-ci pourrait déboucher sur une filière pro. Cela servirait à quelque chose, si encore nous avions la certitude qu’il ne quitte pas le circuit à seize ans… Ce que, hélas, il fera probablement.
Ce n’est pas la première fois que je me trouve face à des enfants perdus : perdus pour eux-mêmes, et pas loin de l’être pour un système éducatif inadapté. Pourtant, ceux-là me font encore plus de peine que leurs prédécesseurs.
décembre 7, 2007 at 9:11
C’est fou de voir les différences entre ton collège et celui que j’ai fréquenté. Je me souviens que dans mon collège, un enfant était qualifié d’élève en (grande)difficulté lorsque sa moyenne était à 8-9, et c’est encore pire au lycée, proposition de redoublement avec 12.
Ils feraient mieux d’investir de l’argent pour des enfants vraiment en difficulté, vu le prix du redoublement (après, ça dépend de ton point de vue sur le redoublement) je ne vois pas l’intéret de faire redoubler un élève avec une moyenne “moyenne” alors que tant d’autres ont vraiment besoin de soutien… (pas forcément de redoublement cependant)
Mais j’avoue que parfois, on se dit que c’est vraiment trop tard (mon petit frère de CM1 ne sait toujours pas lire, ce n’est peut-être pas encore “trop tard”, mais ça risque de le devenir bientôt. Et après on dit que les élèves qui ne savent ni lire ni écrire en 6ème ça n’existe pas.. pff)
On ne s’étonne même plus que des tas d’élèves quittent le circuit à 16 ans… Quand on perd totalement pied, ça doit vraiment devenir lourd l’école (d’où les jeux fruités?)…