janvier 2008


Paris, rue Soufflot, dix-neuf heures trente. Laprof attend une amie avec qui elle a rendez-vous, après leurs remue-méninges respectifs. Il fait nuit, le Colombus ferme. Je reste devant le café, lieu convenu pour la rencontre. Je lis, en attendant, un roman de Toni Morrison. Concentrée, je lis et relis certaines phrases anglaises dont le sens m’échappe. Je me débats avec le vocabulaire. Soudain j’entends une voix grave prononcer doucement : “Mme Laprof ?”

Il n’y a pas trente-six possibilités pour que l’on m’appelle par mon nom, accompagné d’un respecteux “Madame”. Je lève les yeux, et je vois… Albin, mignon petit élève de 5e.

 Je rappelle à l’aimable assistance que je ne vis ni ne travaille en proche banlieue : les probabilités de tomber sur un de mes élèves en plein Paris un samedi soir, dans le quartier latin (quartier fréquenté s’il en est), me paraissaient donc infimes.

Donc, je lève les yeux et je vois Albin, que je salue, ainsi que sa maman, d’un joyeux : “Tiens, bonsoir Albin, comment allez-vous ? Bonsoir Madame, je suis Mme Laprof, le professeur de votre fils.”
Nous avons discuté trois minutes peut-être. En partant, la maman m’a glissé : “Vous savez, Albin est très content de ce que vous faites. Il se plait beaucoup dans votre cours.” Je l’ai remerciée, ils sont partis.

Ego + 1 (mais je n’ai pas plus envie de travailler ce week-end…^^)

Aujourd’hui, quelqu’un est arrivé ici en cherchant “cartable picard” sur gogol… autant dire que je suis surprise, et que je m’interroge sur le sens de cette demande. Un cartable picard, c’est pour accompagner les élèves surgelés, ou c’est une spécificité de la région Nord-Pas-De-Calais que j’ignorerais ? Un cartable picard… c’est un cartable avec la climatisation intégrée, qui maintient les copies et le sandwich bien au frais toute la journée ? Ou c’est en prévision de la journée de Mardi Gras, pour s’assurer que les oeufs que nos loulous prennent tant de plaisir à jeter se conservent mieux ? Ou alors, c’est une recherche lexicale inaboutie. Dans ce cas, je réponds : ”cartable” en picard se dit soit “cartape”, soit “carnasse”.

Contrôle de 6e sur la poésie, que nous étudions en ce moment. Laprof, méchante et sadique comme elle sait si bien l’être, demande quel est le type de strophe employé dans le poème étudié. Comme chaque strophe compte quatre vers, et que la classe a déjà vu et noté qu’une telle strophe se nommait un quatrain, elle attend tout, sauf ça :

“Il emploie la strophe cordée”

 Un jour, c’est Laprof qui va être cordée…

PS : cela dit, vu les résultats de cette évaluation, je n’ai plus qu’à recommencer le cours. Et comme demain, ce sont les 5e qui planchent sur la poésie, je redoute la correction qui m’attend…

Réunion parents-profs de mes quatrièmes. Plusieurs parents m’ont signalé que : 1/ leurs enfants aimaient mes cours justement parce qu’ils étaient ambitieux ; 2/ eux-mêmes étaient contents du travail effectué avec leurs petits loupiauds. 3/ Certains sont même ravis de relire le Cid avec leurs enfants !

 Ego : +2

Questionnaire de lecture sur le roman Le roi Arthur, de M. Morpurgo. L’une des questions est la suivante : “Dans quel bois le Saint Graal est-il sculpté ?”

Réponse de l’élève, imperturbable : “Il est sculpté dans le tek.”

D’un coup, la légende arthurienne a pris un petit air follement exotique, n’est-ce pas ?

Cette nuit, Laprof fait un rêve. Elle devait apprendre la fameuse tirade “Nous partîmes cinq cents, mais par un prompt renfort/Nous nous vîmes trois mille en arrivant au port”, qu’elle a donné à apprendre à ses 4e, en bonne enseignante sadique qu’elle est. Elle essayait de retenir, mais n’y parvenait pas, d’autant que des vers dont elle n’avait aucun souvenir s’était ajoutés au texte qu’elle croyait connaître. En bref, l’angoisse onirique à l’état pur !

Et puis soudain, l’éclair de lucidité vint la sauver : “Mais je suis la prof, je n’ai pas besoin d’apprendre la récitation de mes élèves !” Alleluia, aurait pu crier Laprof. C’est d’ailleurs plus ou moins ce qu’elle fit… mais pas longtemps. Plus tard dans le songe, alors qu’elle faisait réciter la fameuse tirade, elle s’apercevait qu’elle n’avait pas préparé son barême, et ne parvenait pas à noter convenablement les adolescents !

En résumé, cette nuit fut épuisante.