après l'école


Paris, rue Soufflot, dix-neuf heures trente. Laprof attend une amie avec qui elle a rendez-vous, après leurs remue-méninges respectifs. Il fait nuit, le Colombus ferme. Je reste devant le café, lieu convenu pour la rencontre. Je lis, en attendant, un roman de Toni Morrison. Concentrée, je lis et relis certaines phrases anglaises dont le sens m’échappe. Je me débats avec le vocabulaire. Soudain j’entends une voix grave prononcer doucement : “Mme Laprof ?”

Il n’y a pas trente-six possibilités pour que l’on m’appelle par mon nom, accompagné d’un respecteux “Madame”. Je lève les yeux, et je vois… Albin, mignon petit élève de 5e.

 Je rappelle à l’aimable assistance que je ne vis ni ne travaille en proche banlieue : les probabilités de tomber sur un de mes élèves en plein Paris un samedi soir, dans le quartier latin (quartier fréquenté s’il en est), me paraissaient donc infimes.

Donc, je lève les yeux et je vois Albin, que je salue, ainsi que sa maman, d’un joyeux : “Tiens, bonsoir Albin, comment allez-vous ? Bonsoir Madame, je suis Mme Laprof, le professeur de votre fils.”
Nous avons discuté trois minutes peut-être. En partant, la maman m’a glissé : “Vous savez, Albin est très content de ce que vous faites. Il se plait beaucoup dans votre cours.” Je l’ai remerciée, ils sont partis.

Ego + 1 (mais je n’ai pas plus envie de travailler ce week-end…^^)

Cette nuit, Laprof fait un rêve. Elle devait apprendre la fameuse tirade “Nous partîmes cinq cents, mais par un prompt renfort/Nous nous vîmes trois mille en arrivant au port”, qu’elle a donné à apprendre à ses 4e, en bonne enseignante sadique qu’elle est. Elle essayait de retenir, mais n’y parvenait pas, d’autant que des vers dont elle n’avait aucun souvenir s’était ajoutés au texte qu’elle croyait connaître. En bref, l’angoisse onirique à l’état pur !

Et puis soudain, l’éclair de lucidité vint la sauver : “Mais je suis la prof, je n’ai pas besoin d’apprendre la récitation de mes élèves !” Alleluia, aurait pu crier Laprof. C’est d’ailleurs plus ou moins ce qu’elle fit… mais pas longtemps. Plus tard dans le songe, alors qu’elle faisait réciter la fameuse tirade, elle s’apercevait qu’elle n’avait pas préparé son barême, et ne parvenait pas à noter convenablement les adolescents !

En résumé, cette nuit fut épuisante.

Laprof est allée courir hier soir. Excédée par sa flemme galopante (c’est pas un oxymore ça ?), elle a ressorti son pantalon de jogging, ses chaussures de course, son pull à capuche, et elle est partie.
Il faut dire une chose : Laprof n’avait pas couru depuis…. au moins ça. Depuis plus d’un an qu’elle a emménagé dans son village, elle n’avait pas encore fait le tour du propriétaire à une allure soutenue. Depuis près d’un an, elle fumait un peu trop régulièrement.
Elle n’était pas complètement inactive non plus, étant une adepte de la musculation. Cependant, soulever de la fonte, si lourde soit-elle, n’entraîne pas énormément l’endurance du palpitant, même lorsqu’on travaille en séries longues et rapides. Oui, quand je dis “musculation”, je ne parle pas de la remise en forme qui passe le matin sur Direct 8.
Je disais donc, avant d’être grossièrement interrompue par moi-même, que Laprof est allée courir hier soir. Le mot “décrassage” a pris tout son sens : avec le froid qu’il fait en ce moment, elle a procédé à un décapage en règle de ses bronches.
La nuit était tombée depuis longtemps : l’obscurité règnait sur le petit chemin de terre où résonnaient les pas (tomp tomp) de Laprof qui courait (rheu rheu rheu). Quelques étoiles brillaient dans le ciel. Des voitures au loin passaient. Laprof regardait droit devant elle, sauf lorsqu’un véhicule la croisa, les phares allumés : elle baissa alors les yeux , pour ne pas finir aveugle ni se casser la figure dans les buissons, tel le lapin ébloui pris dans les feux de ces engins d’enfer. Soudain, Laprof voit une ombre, là-bas, dans le golf, quelques mètres plus loin. Elle s’approche de l’endroit, elle est obligée de passer là. Qu’est-ce donc ? Réaction stupide, elle n’a pas pu s’empêcher de penser à la bête du Gévaudan ! Le bruit de ses pas (tomp tomp) effraie la “chose”, qui s’enfuit. Voyant plus distinctement de quoi il s’agissait, Laprof accélèra l’allure. Ce serait bête de se faire charger par un sanglier…

La prof a décidé que, cette année, elle aurait une activité extra-scolaire. Comme elle fait bien les choses, elle en a trois, dont une dans l’enceinte de son établissement, sous la houlette d’un autre grand manitou de l’éducation. Avec quelques collègues et de nombreux élèves (“m’dame ? vous faites partie de la chorale ? – Non, non, je viens réparer le radiateur.”), la prof chante. Pas toujours juste, car il faut qu’elle s’entraîne, mais elle essaie de justifier sa place parmi les rares altos du groupe. Et en ce moment, elle la justifie avec ceci :