Contrôle de 6e sur la poésie, que nous étudions en ce moment. Laprof, méchante et sadique comme elle sait si bien l’être, demande quel est le type de strophe employé dans le poème étudié. Comme chaque strophe compte quatre vers, et que la classe a déjà vu et noté qu’une telle strophe se nommait un quatrain, elle attend tout, sauf ça :

“Il emploie la strophe cordée”

 Un jour, c’est Laprof qui va être cordée…

PS : cela dit, vu les résultats de cette évaluation, je n’ai plus qu’à recommencer le cours. Et comme demain, ce sont les 5e qui planchent sur la poésie, je redoute la correction qui m’attend…

Réunion parents-profs de mes quatrièmes. Plusieurs parents m’ont signalé que : 1/ leurs enfants aimaient mes cours justement parce qu’ils étaient ambitieux ; 2/ eux-mêmes étaient contents du travail effectué avec leurs petits loupiauds. 3/ Certains sont même ravis de relire le Cid avec leurs enfants !

 Ego : +2

Questionnaire de lecture sur le roman Le roi Arthur, de M. Morpurgo. L’une des questions est la suivante : “Dans quel bois le Saint Graal est-il sculpté ?”

Réponse de l’élève, imperturbable : “Il est sculpté dans le tek.”

D’un coup, la légende arthurienne a pris un petit air follement exotique, n’est-ce pas ?

Cette nuit, Laprof fait un rêve. Elle devait apprendre la fameuse tirade “Nous partîmes cinq cents, mais par un prompt renfort/Nous nous vîmes trois mille en arrivant au port”, qu’elle a donné à apprendre à ses 4e, en bonne enseignante sadique qu’elle est. Elle essayait de retenir, mais n’y parvenait pas, d’autant que des vers dont elle n’avait aucun souvenir s’était ajoutés au texte qu’elle croyait connaître. En bref, l’angoisse onirique à l’état pur !

Et puis soudain, l’éclair de lucidité vint la sauver : “Mais je suis la prof, je n’ai pas besoin d’apprendre la récitation de mes élèves !” Alleluia, aurait pu crier Laprof. C’est d’ailleurs plus ou moins ce qu’elle fit… mais pas longtemps. Plus tard dans le songe, alors qu’elle faisait réciter la fameuse tirade, elle s’apercevait qu’elle n’avait pas préparé son barême, et ne parvenait pas à noter convenablement les adolescents !

En résumé, cette nuit fut épuisante.

Cours de cinquième sur la poésie. Nous étudions quatre poèmes du Chinois Wang Wei. Nous évoquons les sensations suscitées par les mots, les impressions laissées au lecteur/auditeur. Lorsque les élèves mettent le doigt sur la proximité des textes avec le genre pictural de l’estampe et soulignent l’apparente sérénité de ces tableaux poétiques, je demande :

 ”A quelle philosophie, quelle sagesse, très présente en Chine et au Japon, ces poèmes peuvent-ils vous faire penser ?”

… Silence… (il faut dire que c’est une question difficile)

Une main, soudain, se lève :
Au communisme, m’dame ! “

Chapitre un : Action

Ce matin, Laprof a crié. Son collègue d’histoire l’a entendue de la salle voisine. Elle a fait un laïus assez vif à ses vingt-sept loupiauds de cinquième. Les agents d’entretien ayant quand même nettoyé la salle, malgré les consignes laissées hier soir, les élèves ont échappé au TUG, mais pas à la sanction. Le sujet bête et méchant qu’ils doivent traiter est le suivant : “En quoi lancer une clémentine dans le fond de la salle pour s’amuser est-il honteux ?” Fait assez étonnant, les auteurs probables des faits n’ont pas bronché, alors qu’ils sont d’habitude les premiers à contester les décisions des enseignants.

Chapitre deux : Réaction

Les autres loupiauds non plus n’ont pas bronché. En revanche, ils sont venus me voir à la fin de l’heure pour dénoncer Thrasybule et Théodule : “M’dame, vous savez, pour la clémentine, c’est Théodule et Thrasybule. Ils ont fait la même chose en physique, quand Mme J. s’est tournée. Ils font ça sans arrêt.”
- Mais je me doute bien qu’il s’agissait de Thrasybule et Théodule, vu la trajectoire de la clémentine et l’endroit où je l’ai trouvée. Mais je ne peux pas les accuser seuls, puisque je ne les ai pas pris sur le fait. Par ailleurs, vous remarquerez que je ne suis pas complètement sadique : je ne vous ai pas donné d’autre travail que la punition pour lundi.
- Tiens, c’est vrai ça !
- Merci de le reconnaître.”

Chapitre trois : Deus ex administrationa

Discussion avec le principal, que j’avais déjà mis au courant, au retour du déjeuner (soit trois heures après la sanction). Nous évoquons la question du collègue que je remplace et qui n’a pas repris son poste, puis nous parlons des cinquièmes. Certains, mécontents de la sanction, sont allés signaler leur insatisfaction… au principal… sans savoir que j’avais sa bénédiction cependant… Nous avons donc discuté de nouveau des évènements agrumesques, puis de Thrasybule et Théodule. Retards systématiques, travail personnel absent, attitude contestataire, petites violences (bagarres, disputes, etc), abandon familial (pour le coup, on a un beau tableau de ce qu’est la “démission des parents” dont on nous rabat les oreilles), absence de suivi réel par un adulte quel qu’il soit. Pour finir, leurs enfantillages les mettent à l’écart de la classe, la plupart de leurs camarades ne pouvant plus supporter leur attitude… ou plus exactement, certaines de ses conséquences. C’est triste de voir ces gamins se détruire comme ça.
Dans le cas de Thrasybule, on espère qu’une commission éducative suffira à le calmer un peu. Pour la mise au travail, il ne faudra compter que sur un peu (beaucoup) d’affectif. Les lacunes étant nombreuses, on n’en attend pas de miracle cependant.
Pour Théodule, une commission éducative, une menace d’action en justice auprès des parents qui laissent cet enfant à l’abandon et, ce faisant, le mettent en danger, un dossier d’orientation en SEGPA, tant il rencontre de difficultés . C’est une idée du chef, avec laquelle je suis moyennement d’accord : cet enfant n’a pas de place en SEGPA ; néanmoins, aucune autre structure ne l’accueillerait, et celle-ci pourrait déboucher sur une filière pro. Cela servirait à quelque chose, si encore nous avions la certitude qu’il ne quitte pas le circuit à seize ans… Ce que, hélas, il fera probablement.

Ce n’est pas la première fois que je me trouve face à des enfants perdus : perdus pour eux-mêmes, et pas loin de l’être pour un système éducatif inadapté. Pourtant, ceux-là me font encore plus de peine que leurs prédécesseurs.

Aaaahhhh les mignons petits ! Comme ils sont gentils et bien élevés ! Théodule et Thrasybule (spécial clin d’oeil à Aventurine) s’illustrent particulièrement dans cet art difficile de la politesse et de la bienséance. Dès le début d’année, leur délicate alchimie me convainquit de la nécessité de les éloigner l’un de l’autre, tant le déroulement des leçons provoquait chez eux des élans d’enthousiasme et d’hilarité. Désormais, Théodule est à droite de la classe, au deuxième rang, tandis que Thrasybule occupe le fond gauche de la classe. Entre eux, vingt-cinq autres élèves.
Ils ne travaillent pas mieux, mais au moins, ils ne troublent pas Laprof par leurs ricanements incessants et ne dérangent plus autant leurs camarades.

Ce soir, en dernière heure pour eux comme pour moi, j’ai trouvé Thrasybule, Théodule et Laurène étrangement hilare alors que je venais d’écrire : “Quels sont les défauts d’Ysengrin dans cet extrait ?” au tableau. Je n’insistai pas et leur demandai simplement de se calmer et de copier la question.
A la fin de l’heure, ils mirent les chaises sur les tables, comme leurs camarades. Ils sortirent tandis que je rangeais mes affaires, nettoyais le tableau, remplissais le cahier de la classe. Enfin, j’enfilai mon manteau et m’apprêtai à quitter la salle quand, en passant près de la place de Thrasybule, je remarquai une pelure de clémentine… Déjà, je notai mentalement de faire un laïus sur ce sujet aux petiots demain, à la première heure. Je tourne la tête vers la table de Laurène. Que vois-je ? Une autre large partie de la clémentine, éclatée et à moitié vidée. Je dirige mes regards inquisiteurs vers la place de Théodule, et qu’y trouvé-je ? D’autres morceaux de clémentine, et même quelques quartiers disséminés ça et là.

Conclusion : en l’absence de preuves concernant les auteurs de ce lancer d’agrumes, la classe entière fera le ménage demain matin, avec la bénédiction de l’administration.

Cours de grammaire sur le déterminant :

“c’est un déterminant indéfinitif m’dame !”

Laprof n’est pas une prof comme les autres… Enfin, si, en fait, c’est une prof comme beaucoup d’autres…. Comme tellement d’autres que, lorsqu’elle fut titularisée, elle eut le bonheur d’apprendre que non seulement, elle était TZR ; mais qu’en plus elle était, comme cinq cents autres dans sa matière, TZR “excédentaire”.
Passons sur le “détail” lexical pour revenir à la situation qui nous intéresse. Laprof a de la chance : elle remplace et ça se passe bien. Elle s’occupe des classes d’un collègue malade depuis longtemps, qui ne reviendra sans doute pas dans la profession. Le collègue se remet, se reconstruit, se soigne si nécessaire, Laprof travaille, les élèves pestent parce qu’ils ont trop de tavail et les parents sont ravis. Conclusion : tout le monde y trouve son compte.
Oui, mais voilà. Pour l’avancement de son dossier de maladie, le titulaire du poste doit prouver qu’il ne peut plus faire face à des élèves. Ce qui implique qu’il revienne au moins une demi-journée prendre des classes qu’il n’a jamais vues et qui ne le connaissent pas. Ainsi, la sacro-sainte administration pourra faire un énième rapport attestant de la nécessité d’un changement de fonctions. On voit déjà la lourdeur d’un système qui a besoin d’accumuler la paperasse sous forme de rapports et autres lettres. M’est avis qu’ils s’en servent pour créer des labyrinthes dans les Ministères…
Par ailleurs, on constate son inhumanité. Le collègue a dû s’arrêter parce qu’il rencontrait une situation d’échec et qu’il ne pouvait plus faire face. Le simple fait de se présenter au collège l’avait un jour angoissé. Alors imaginons l’effet d’une confrontation avec des classes sur cette personne déjà fragilisée. Quel est l’intérêt, pour notre chère administration, de faire un rapport de plus sur mon collègue ? Il semble y en avoir déjà eu, et les attestations relatives à son état de santé devraient suffire. Mais non, on lui demande des preuves. “Prouvez-nous votre faillite” semble dire le Mammouth.
Or, le Mammouth oublie une chose : il n’y a pas plus inerte ni plus dépourvue de ressources qu’une personne “en faillite”. La remettre face aux situations qui ont joué dans son affaiblissement progressif face à la maladie, c’est lui administrer une gifle de plus, c’est l’enfoncer dans un sentiment d’échec dont elle aurait besoin de se libérer. Le Mammouth, une fois de plus, préfère écraser ceux qui le servent.

 Traduction : Titulaire d’une Zone de Remplacement.
Traduction de la traduction : Vous faites tout et presque n’importe quoi, dans n’importe quel type d’établissement, sans formation adéquate dans certains cas, et vous ne pouvez pas refuser.

Journal radiophonique. Diffusion d’un extrait du discours de l’hyper-président sur les évènements de Villiers. Le mot, affreux néologisme, surgit soudain. Après les usagers “pris en otage” il y a deux semaines, nous devons nous protéger de la “voyoucratie”.

Une future entrée dans le dictionnaire de l’Académie ?

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