Le choc métallique des roues sur les rails se fait entendre. Un sifflement grave, dû au frottement de l’air contre les flancs de l’engin, l’accompagne. Une aspiration bruyante, une vibration intense, un son qui transperce, et voici le train passé. Dans l’air, on sent encore la chaleur de l’animal fulgurant. Une petite brise rapporte encore l’odeur de la poussière qu’il a soulevée dans sa course furieuse. Le monstre est parti. Une impression de silence retombe au abords de la voie ferrée, interrompue par le ronronnement des voitures, là-bas, sur le boulevard, de l’autre côté de la gare.

Première, deuxième, troisième, le feu passe à l’orange, rétrograder, troisième, deuxième, première, point mort, cet embrayage est trop dur décidément. Penser à le faire modifier par le garagiste la prochaine fois, ou gare aux crampes. 234 ABZ 81 : il n’est pas d’ici. Elle non plus, au volant de sa petite citadine bleue, elle n’est pas d’ici. Elle n’est pas née ici. Elle n’a pas grandi dans cette ville. Et elle ne compte pas y rester. Mais pour le moment, il faut travailler et se résigner. La gare… Quand donc vont-ils se décider à la rénover ? Depuis la tempête, elle est bâchée. Un joli toit en plastique bleu depuis près d’un an. La municipalité n’est pas trop pressée. Lorsqu’il pleut, les usagers circulent entre les filets d’eau qui s’écoulent depuis la charpente. Un jour, alors qu’elle allait y chercher sa nièce pour les vacances, elle a glissé dans l’une de ces satanées flaques : elle s’en est sortie avec un bel hématome, et une sacrée frayeur.

Une réponse to “Une page déchirée”

  1. Phoebs Dit:

    Oh…je ne l’avais jamais vu cet article.
    C’est vraiment bien écrit !
    :)

Laisser un commentaire